Les venins

«Grâce à de nouvelles technologies, l’étude des vaccins est en plein essor. En effet, ces substances recèlent des milliers de molécules puissantes, au potentiel thérapeutique considérable» (M Corniou, Québec Science, volume 65 numéro 1, juillet-août 2026).

Environ 150 000 espèces animales, soit 15 % des espèces sur Terre, sont venimeuses. Il s’agit de fourmis, grenouilles, scorpions, serpents, guêpes, lézards, escargots de mer, méduses, poissons, ornithorynque mâle, araignées, mille-pattes… Chaque année, 80 000 à 130 000 décès sont causés par des envenimations, dues principalement par des serpents.

«Les venins constituent une immense ressource naturelle de molécules à potentiel médicamenteux, qui ont évolué au fil de millions d’années. C’est un peu une pharmacie à ciel ouvert» (S. Nixon, Ibid.). L’espoir est de trouver des molécules aux propriétés analgésiques, anticoagulantes, antibactériennes, anti-cancéreuses, anti-inflammatoires…

Déjà, dérivé du venin d’une vipère brésilienne, le captopril a été une révolution dans le traitement de l’hypertension. Ont suivi des anticoagulants, un analgésique, le ziconotide, résultant du venin d’un escargot cône vivant dans les fonds marins tropicaux ou encore des antidiabétiques comme l’Ozempic, descendant d’une hormone de la salive du monstre de Gila, un lézard des déserts nord-américains.

«Un poison est généralement absorbé par contact ou ingestion. Le venin, lui, est injecté par une piqûre ou une morsure, à l’aide de dards, d’épines, ou de cnidocytes (chez les méduses). Les deux sont des toxines s’ils sont produits par des êtres vivants» (ibid.).

Certaines toxines sont neurotoxiques, d’autres sont hémotoxiques, d’autres encore cytotoxiques. Elles ciblent les canaux ioniques, sortes de portail dans les membranes pour laisser entrer ou sortir des ions (potassium, sodium) pour réguler, par exemple, la transmission des influx nerveux, la contraction musculaire, la sécrétion d’hormones… Ces canaux ioniques sont la deuxième cible en importance des médicaments de toutes sortes.

En laboratoire, à l’aide de diverses techniques de chimie, on fractionne chaque venin et on teste les fractions obtenues séparément dans des cellules en culture. Lorsqu’il y a une activité sur tel canal ionique, on refractionne et ainsi de suite pour trouver le peptide actif.

Par ailleurs, d’autres labos ont des systèmes d’IA qui permettent, par exemple, de repérer des antibiotiques en quelques heures plutôt qu’en plusieurs années. L’IA peut identifier des peptides candidats à partir de vastes ensembles, aider à hiérarchiser les molécules et aider à redessiner ces molécules pour les améliorer.

Tim Friede, collectionneur de serpents, s’est donné 700 injections de venin de serpent en 18 ans. L’analyse de son sang a permis d’isoler deux anticorps parmi les milliards récoltés qui protègent les souris contre le venin de 13 espèces de serpents. Ce qui nous permet d’espérer le développement d’un antivenin à large spectre.

«Les espèces venimeuses étant souvent menacées, l’objectif n’est pas de piller leurs glandes à venin, mais bien de s’inspirer de leurs millions d’années d’évolution en matière de défense, d’immobilisation et de prédation pour trouver des traitements impossibles à inventer autrement» (Ibid.).

Billet # 347

J'aime et je partage ce billet sur

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *